L'essentiel
- Dans une location financière, l'entreprise paie ses loyers à un bailleur distinct de l'installateur qui a vendu le standard.
- Depuis deux arrêts de chambre mixte du 17 mai 2013, les contrats d'une opération incluant une location financière sont interdépendants : si le contrat de prestation disparaît, la location peut devenir caduque.
- Une entreprise de 5 salariés au plus, démarchée hors de ses locaux pour un contrat hors de son activité principale, dispose d'un droit de rétractation de 14 jours (article L221-3 du Code de la consommation).
- À défaut, la reprise du solde par un nouveau prestataire reste la voie la plus courante, à condition que son montant figure clairement dans l'offre.
Sommaire
- Vous ne payez pas votre installateur, mais un bailleur qui n'a jamais vu votre standard
- Ce que coûte une sortie « normale »
- Les trois leviers qui permettent de ne pas tout payer
- Avant d'envoyer le moindre courrier : les pièces à réunir
- Signer la prochaine fois sans se faire piéger
- Questions fréquentes
- Sources
Votre standard téléphonique est loué pour 48 ou 63 mois, il ne vous convient plus, et l'échéance est encore loin. Avant de chercher comment résilier, il faut comprendre qui vous avez réellement en face de vous. Dans la plupart des cas, ce n'est pas l'installateur, mais un organisme de location financière. Ce montage obéit à des règles particulières, que la Cour de cassation a fixées depuis 2013 et qui ouvrent des portes de sortie que peu d'entreprises connaissent.
Vous ne payez pas votre installateur, mais un bailleur qui n'a jamais vu votre standard
Une location financière réunit trois acteurs et au moins deux contrats.
- L'installateur (ou fournisseur) vous vend une solution : le standard, les postes, souvent la maintenance. Il signe avec vous un contrat de prestation.
- Le bailleur achète le matériel à l'installateur et vous le loue. Il signe avec vous le contrat de location et encaisse les loyers.
- Vous signez les deux contrats, puis un procès-verbal de livraison. C'est cette dernière signature qui déclenche le paiement de l'installateur par le bailleur et le début de vos loyers.
Conséquence pratique : l'installateur est payé en une fois dès la livraison. Le bailleur, lui, n'intervient jamais sur votre installation. Si le service se dégrade, celui qui encaisse vos loyers n'est pas celui qui peut le réparer. Pour savoir dans quelle situation vous êtes, regardez qui prélève vos loyers et quel nom figure sur l'échéancier.
Location chez l'opérateur ou location financière : deux situations différentes
Certains opérateurs louent eux-mêmes les postes qu'ils fournissent, dans le même contrat que la ligne ou dans un contrat de location qui leur est propre. Dans ce cas, il n'y a pas de bailleur tiers, et la sortie suit les règles du contrat opérateur, détaillées dans notre guide sur la résiliation et le préavis des contrats télécoms. Cet article traite du montage à trois.
Ce que coûte une sortie « normale »
Si vous demandez simplement au bailleur de mettre fin au contrat, il appliquera ses conditions générales. Elles prévoient le plus souvent :
- le paiement des loyers restant dus jusqu'au terme, parfois majoré d'une indemnité ou d'une clause pénale ;
- la restitution du matériel, à vos frais, dans un délai et un état définis ;
- parfois des frais de dossier.
Prenons un exemple fictif pour fixer les ordres de grandeur : un loyer de 150 € HT par mois, avec 30 mois restants, représente déjà 4 500 € HT avant toute indemnité. C'est ce montant que le bailleur présentera comme le prix de votre liberté.
Un point est régulièrement oublié : beaucoup de contrats prévoient une prolongation automatique si le matériel n'est pas restitué à temps à l'échéance. Repérez cette clause dès maintenant, même si vous comptez aller au bout du contrat.
Les trois leviers qui permettent de ne pas tout payer
Ekotel est un cabinet de conseil télécom, pas un cabinet d'avocats. Les principes ci-dessous aident à évaluer une situation. Une contestation se prépare avec un avocat, au vu de vos contrats.
Levier 1 : si le contrat de prestation tombe, la location tombe aussi
Longtemps, les bailleurs ont fait valoir que la location était indépendante de la prestation : quoi que fasse l'installateur, les loyers restaient dus. La Cour de cassation a mis fin à ce raisonnement par deux arrêts de chambre mixte du 17 mai 2013. Selon leur attendu de principe, « les contrats concomitants ou successifs qui s'inscrivent dans une opération incluant une location financière, sont interdépendants », et « sont réputées non écrites les clauses des contrats inconciliables avec cette interdépendance ».
Les conséquences ont été précisées ensuite :
- 12 juillet 2017 : la chambre commerciale juge que la disparition de l'un des contrats entraîne la caducité des autres, et que l'indemnité de résiliation prévue dans un contrat devenu caduc ne s'applique pas. L'affaire portait sur des photocopieurs loués par un office notarial.
- 10 janvier 2024 : dans une affaire où le prestataire de maintenance d'un copieur avait été mis en liquidation judiciaire, la Cour de cassation rappelle que, ces contrats étant interdépendants, « l'exécution de chacun est condition déterminante du consentement ».
Pour un standard téléphonique, ce levier vise les situations où le contrat de prestation disparaît : installateur en liquidation, maintenance jamais assurée, service non conforme à ce qui était vendu. La méthode généralement conseillée par les avocats consiste à traiter d'abord le contrat de prestation, plutôt qu'à résilier la location en premier, ce qui déclencherait les pénalités du bailleur. La partie à l'origine de la disparition de l'ensemble peut toutefois devoir réparer le préjudice causé par sa faute : d'où l'intérêt d'un dossier solide.
Levier 2 : petite entreprise démarchée, le droit de la consommation s'applique
L'article L221-3 du Code de la consommation étend certaines protections des consommateurs aux contrats conclus hors établissement entre deux professionnels. Trois conditions doivent être réunies :
- le contrat a été signé hors de l'établissement du commercial, typiquement dans vos locaux lors d'un démarchage ;
- son objet n'entre pas dans le champ de votre activité principale : un standard téléphonique pour un cabinet comptable ou un garage, par exemple ;
- votre entreprise employait cinq salariés au plus.
Si c'est le cas, vous disposez d'un délai de rétractation de 14 jours. Et si les informations sur ce droit ne vous ont pas été fournies, ce délai est prolongé de 12 mois. Ce levier concerne donc surtout les contrats signés récemment, ou ceux pour lesquels le droit de rétractation n'a jamais été mentionné.
Levier 3 : faire reprendre le solde par le nouveau prestataire
C'est la voie la plus fréquente en pratique. Le nouveau prestataire propose de solder ou de reprendre votre contrat de location pour vous faire passer chez lui. Ce n'est jamais gratuit : le montant repris est réintégré quelque part, le plus souvent dans un nouveau loyer plus long. Avant d'accepter, demandez que le montant de la reprise figure noir sur blanc dans l'offre, et comparez le coût total sur toute la durée du nouveau contrat.
Avant d'envoyer le moindre courrier : les pièces à réunir
- Le contrat de prestation signé avec l'installateur
- Le contrat de location financière et les conditions générales du bailleur
- Le procès-verbal de livraison et sa date
- L'échéancier des loyers et les derniers prélèvements
- Les preuves des manquements : tickets d'incident, courriels restés sans réponse, interventions non réalisées
- Le lieu et les circonstances de la signature : dans vos locaux, lors d'un démarchage ?
- L'effectif de l'entreprise à la date de signature
Ce dossier sert dans les trois cas : pour un avocat, pour une négociation avec le bailleur, ou pour comparer l'offre d'un nouveau prestataire. Notre guide pour faire l'inventaire de votre parc télécom peut vous aider à le compléter.
Signer la prochaine fois sans se faire piéger
- Demandez qui sera le bailleur avant de signer, et lisez ses conditions générales, pas seulement la proposition commerciale.
- Calculez le coût total : loyer × nombre de mois, comparé au prix d'achat du matériel et à une solution sans matériel.
- Vérifiez la durée irrévocable et ce qui se passe à l'échéance : restitution, prolongation, option d'achat.
- Ne signez le procès-verbal de livraison qu'une fois l'installation réellement en service. C'est lui qui déclenche les loyers.
- Faites figurer la maintenance et ses délais d'intervention dans le contrat de prestation.
Le choix entre louer et acheter est détaillé dans notre guide location ou achat de postes téléphoniques. Et pour cadrer votre prochain projet en amont, partez d'un cahier des charges téléphonie.
Questions fréquentes
Mon installateur a fait faillite : dois-je continuer à payer le bailleur ?
La liquidation de l'installateur ne suspend pas automatiquement les loyers. Mais si le contrat de prestation prend fin, l'interdépendance des contrats peut entraîner la caducité de la location. C'est précisément la situation jugée par la Cour de cassation le 10 janvier 2024. Faites-vous conseiller avant de suspendre le moindre paiement.
Mon entreprise a 8 salariés : le droit de rétractation s'applique-t-il ?
Non, pas au titre de l'article L221-3, qui fixe le seuil à cinq salariés. Les autres leviers, interdépendance et négociation, restent ouverts.
Puis-je simplement arrêter de payer ?
C'est déconseillé. Un impayé permet au bailleur de résilier le contrat à vos torts et de réclamer l'ensemble des sommes prévues, et vous perdez votre position de négociation.
Un nouveau prestataire peut-il racheter mon contrat de location ?
Oui, c'est une pratique courante. Vérifiez que le montant repris apparaît clairement dans son offre et qu'il n'est pas dilué dans un nouvel engagement plus long que nécessaire.
Le standard m'appartient-il à la fin de la location ?
En principe non : le matériel appartient au bailleur, sauf option d'achat prévue au contrat. Il doit être restitué dans les conditions fixées, faute de quoi le contrat peut être prolongé.
Sources
- Cour de cassation, chambre mixte, 17 mai 2013, n° 11-22.768
- Cour de cassation, chambre mixte, 17 mai 2013, n° 11-22.927
- Cour de cassation, chambre commerciale, 12 juillet 2017, n° 15-27.703
- Cour de cassation, chambre commerciale, 10 janvier 2024, n° 22-20.466
- Code de la consommation, article L221-3
- Code de la consommation, contrats conclus à distance et hors établissement (articles L221-1 à L221-29)
- DGCCRF, fiche pratique : petits professionnels et contrats conclus hors établissement